Le Combray de Marcel Proust

14 Mai 2012 | REPORTAGE

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. »

Non, je ne vais pas me lancer dans une recopie de Proust ici, même si cela ne serait négligeable ni pour mon vocabulaire, ni pour ma syntaxe. Mais à force de voir, lire, relire cette fameuse première phrase, j’ai l’impression que tout le monde la connait, tout comme l’épisode avec la madeleine (qui n’était pas la petite amie de Marcel comme je l’ai longtemps cru, mais c’est une autre histoire).

Je me rends compte maintenant que cette célèbre phrase a le même pouvoir que celui de la madeleine sur l’auteur : le fait de la relire, j’ai l’odeur de la maison, les grincements de l’escalier, le tapotement de la pluie sur les vitres et l’ambiance de fou que j’ai ressenti pendant ces trois jours sur place.

 

Illiers-Combray - Le combray de Marcel Proust - L'escalier

 

 

Les éditions Michel Lafon m’ont contacté en 2012 pour faire un reportage photo dans la maison-musée de Tante Léonie, là où Marcel Proust à passé les vacances de son enfance, l’endroit qu’il décrit dans le début de « la recherche du temps perdu », là où il a dragué la petite Madeleine. Devant la passion de mes guides (Edouard Boulon-Cluzel des éditions Michel Lafon et Mireille Naturel, spécialiste et gérante du lieu) j’ai regretté de ne jamais avoir lu « la recherche ». Leurs yeux pétillaient, les mains tremblaient en touchant un peu partout comme pour ressentir une aura depuis longtemps disparue, je suis sur qu’ils ont entendu le bruit de draps que l’on froisse, le chant de la cafetière et l’odeur du café doucement passé, aperçu la lueur de la lanterne magique dans la chambre du petit Marcel et puis, surtout, deviné les pas étouffés de sa mère montant les escaliers pour venir lui souhaiter la bonne nuit.

Même si je ne comprenais pas tout ce qui troublait mes guides, je me suis imprégné autant qu’eux du charme désuet de la demeure, j’ai même cru voir quelques personnages en haut de forme et grande robe noire, attablés et en grande discussion sur les sujets du moment, de leur moment.

 

Illiers-Combray - Le combray de Marcel Proust - La chambre de Marcel Proust

 

 

Bien sur, cela ne reste qu’un musée. Tout semble être resté « en l’état », comme si les occupants avaient poussé la politesse jusqu’à faire leur promenade dominicale pendant notre visite, histoire de ne pas trop nous gêner. Nous, de notre coté, avons bien pris soin de ne rien déranger, de ne pas toucher ou déplacer les choses de peur de nous faire réprimander.

Malgré le bruit de l’escalier, l’odeur du café et les marches usées, rien ne fera jamais disparaitre les coffres en verre pour protéger les reliques, les extincteurs valables jusqu’en 2016, les alarmes clignotantes, ni même la madeleine fossilisée pourtant changée régulièrement en même temps que la poignée de tilleul et l’exemplaire « unique » de Francois le Champi » (qui a la fâcheuse habitude de tomber subrepticement dans le sac des visiteurs, persuadés d’avoir là l’exemplaire adoré du petit Marcel Proust).

 

Illiers-Combray - Le combray de Marcel Proust - La chambre de Tante Léonie et la madeleine

 

Moi qui ne connaissait pas grand chose de Proust, je connais aujourd’hui la maison de Tante Léonie par coeur, de la cuisine au grelot, mais aussi le Pré Catelan cher à son oncle, les alentours de Combray, les aubépines en fleur et même la demeure de Swan. Et puis, forcément, je me suis fait l’intégrale de « la recherche du temps perdu » dès mon retour pour mon plus grand bonheur. Du coup, aujourd’hui, je n’ai qu’une envie : y retourner, fort de mes nouvelles connaissances proustiennes.

 

Illiers-Combray - Le combray de Marcel Proust - La maison et son petit jardin

 

PS : Si, comme moi, vous êtes incapable de lire une phrase entière de Proust dans tomber dans les pommes (par ce que bon, faut quand même avouer qu’il faut s’accrocher, non?), je vous conseille la version en livre audio enregistrée par le sublimissime André Dussolier : un régal ! (ah ben tiens, ça tombe bien, il est justement en vente au musée…)

 

– Voir ma page « boutique » pour avoir des renseignements sur le livre, aux éditions Michel Lafon, ainsi qu’un Hors Série du Figaro à l’occasion des 100 ans de la recherche.
– Le site de « la maison de Tante Léonie »
– Voir d’autres photos sur un autre site/onglet