La Loire en crue

10 Mai 2013 | HISTOIRES, REPORTAGE

 

Fin du monde sur fond de colza

 

 

Après des années de sècheresse, de canicule, de tsunamis météorologiques, de « on va tous mourir tout secs » et autres subventions pour les agriculteurs mécontents parce que leur maîs est tout jaune, voila 2013, l’année de la glaise!
Des trombes d’eau depuis des mois, des fleuves qui débordent, des nappes phréatiques qui revivent, des réacteurs nucléaires bien refroidis qui nous donnent de beaux et gros nuages bien blancs et des agriculteurs qui se demandent déjà ce qu’ils vont bien pouvoir trouver comme excuses pour leur tas de fumier gardé jalousement en réserve au fond de leur hangar « spécial manif », entre le lait à déverser sur les routes et les pneus à cramer devant les préfectures.

 

Loire en crue - Cronat 71

On a donc décidé, mon Amande et moi, de se la jouer « reporter de guerre » :

Vieux jeans, vieilles pompes, opinel de survie, boussole, ventoline (en cas d’attaque de requin tigre) et batterie gonflées à bloc, pour aller affronter les éléments déchainés.
A nous les raz de marées, les villes dévastées, les animaux morts au bords des routes débitumisées. Avec un peu de chance on pourra sauver un orphelin des eaux assassines… et avec encore plus de chance, on ne pourra rien faire pour lui et on prendra son agonie en photo pour se faire des Cahuzac en or en revendant les clichés à Voici Match ! 
Hum… j’ai hate !

Loire en crue - Cronat 71

 

Bon, forcément, la Loire entre l’Allier et la Saône et Loire, c’est pas le Bangladesh ! Mais les Dieux sont avec nous : après 2847 jours de temps de merde, ils nous ont préparé une petite trouée ensoleillée juste pour bien mettre en valeur le colza en pleine floraison et son… hum…. doux parfum de… comment dire… enfin bref, ça sent le colza !
J’ai beau regarder avec l’aide de mon 70-200 (oui, il ne me sert que de jumelles mon gros machin), pas une vache en décomposition, pas un enfant échoué, pas un mouton gonflé au bord de la route, même pas le moindre membre déchiqueté par un cachalot bourguignon…
… soupir….

Loire en crue - Cronat 71

 

Les seules rencontres qui iraient dans le sens d’une fin du monde armagédono-antéchristo-apocalyspienne sont une famille escargot qui rejoue « le radeau bourguignon de la méduse » en s’accrochant à un poteau avec leur petites mains musclées et gluantes, et un serpent même pas venimeux… mais qui m’a quand même fait vachement peur avec ses 18m de long, ses horribles yeux rouges et ses dents aussi ensanglantées que presque venimeuses.

 

Loire en crue, Cronat 71

 

Loire en crue - Cronat 71

 

Je reviens sur ce que je viens de dire, des rencontres, il y en a eu :
Les autochtones curieux de voir cette fameuse crue dont on cause dans les JT, histoire de comparer avec les précédentes (qui étaient forcément mieux… « rahhh, tout se perd ma pauv’ dame…. »), le gros monsieur qu’a l’habitude de passer par là avec sa grosse bagnole climatisée et qui ne conçoit pas que quelques (milliards de) litres d’eau l’obligent à faire demi tour, jusqu’au vieux monsieur sorti en robe de chambre et pantoufles*, « pour voir », alors que d’habitude il est toujours en smoking, mais aujourd’hui il voulait juste montrer à madame qu’il n’avait pas tort quand il disait à qui veut l’entendre que la Loire va de toute façon reprendre sont lit originel et faire disparaitre ainsi plusieurs villages environnants : « je leur ai bien dit aux spécialistes, mais ils ne veulent pas me croire! »

* Voir le billet sur le Duc de C.